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Swagger : entre teenmovie et docufiction

11 adolescents. 11 témoignages face caméra. 11 visions du monde. Olivier Babinet filme les confessions et états d’âme des élèves du collège Claude Debussy à Aulnay-sous-Bois et nous plonge dans leur intimité et leurs mondes personnels, pétris d’imagination, de rêves et bien évidemment, de „swag“. Un documentaire haut en couleurs, plein de vie et gorgé d’émotions où l’on passe du rire aux larmes face à ces enfants des cités qui se livrent et s’épanchent sans fioritures et sans faux-semblants sur l’amour, le racisme, la religion, l’immigration, la France, le „bled“, les dealers, la politique, etc.

Au-delà même de leur sincérité et confiance absolues (Olivier Babinet a passé 2 ans travailler avec eux ou à leurs côtés au collège en résidence), on est d’emblée frappé par la maturité de ces enfants et leur clairvoyance certes candide mais d’autant plus touchante sur certains problèmes sociaux, politiques ou économiques actuels en France. Tous s’expriment par exemple sur l’immigration et l’intégration en faisant la distinction dichotomique entre les „vrais“ Français, les „pure souche“, autrement dit les Blancs qui habitent dans les grandes villes et eux, les jeunes des banlieues, „les Noirs et les Arabes“. La jeune Astan par exemple confie n’avoir „jamais vu un vrai Français“, ou peut-être juste un une fois dans la rue.

Un sans-faute pour Olivier Babinet qui, en donnant la parole à ces enfants, aborde le sujet certes vu et revu de la vie des cités mais sous un angle totalement nouveau et sans jamais verser dans la représentation cliché, alarmiste voire misérabiliste d’une banlieue rongée par les trafics de drogue, la délinquance et la misère sociale. Et pourtant, tout n’est pas rose et certains propos inquiétent : Naïla, troublée par l’état d’urgence, imagine sa cité assiégée par des drones de police. Elle soupçonne également un sombre complot machiavélique de l’abominable Mickey Mouse pour conquérir le l’univers, avec la complicité d’une armée de Barbies démoniaques. Astan a rêvé qu’un homme venait assassiner toute sa famille. Paul évoque la violence domestique et le racisme de ces camarades.

Mais à côté de toutes ces angoisses, ces cauchemars et ces douleurs, Olivier Babinet sublime les points de vue, l’imagination débridée et les rêves de ces adolescents en les incarnant à l’écran dans des passages de fiction poétiques et „swaggés“ où l’on voit Régis, le styliste en herbe, défiler au ralenti dans les couloirs de l’école, vêtu d’une veste un fourrure, d’un noeud pap et d’un slim bordeaux (cf photo) ou encore Paul esquisser des pas de danse dans la rue en jouant avec son parapluie rouge façon Fred Astaire. En résumé, „un film qui ne regarde pas la banlieue, mais nous fait voir le monde à travers le regard de ses enfants„.

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