Kino Arsenal (Potsdamer Platz)

Rire et punir

Dans le cadre de la semaine du film français, nous avons pu découvrir le film « Tip Top » réalisé par Serge Bozon et écrit avec la coopération d’Axelle Ropert.

Un café, des hommes boivent et discutent tranquillement. Soudain, un homme fait irruption violemment, vêtu de cuir et portant des lunettes noires, François Damien. Flic, voyou ? Le spectateur dubitatif, l’observe gesticuler et se lancer dans un diatribe raciste et déroutante sur les arabes, déclenchant une énorme bastonnade. Cut.

Déroute, interrogation, un sentiment de rejet peut naître dans le public devant cette introduction où tous ses codes semblent se volatiliser pour mieux se contredire. Tip Top est un film hors-norme et radical. Les sujets se croisent et se mêlent pour mieux se perdre et ainsi dresser dans un monde absurde une violente critique de la société et du pouvoir judiciaire. Les deux genres « mécréants » du cinéma ( le polar et la comédie) sont les ressorts narratifs, les marionnettistes de cette valse des pantins ou flics, indics et voyous se noient dans un quotidien où aucune certitude existe.

Les personnages se construisent par mimétisme et fascination. Sandrine Kiberlain, potiche le jour et mateuse la nuit n’existe que dans l’ombre d’Isabelle Huppert, personnage dominateur, et haut fonctionnaire de la police des polices, mais qui se livre à des fantasmes sado-masochisme la nuit avec son mari incarné par l’étonnant Samy Naceri.

Surveiller et punir, punir ou surveiller pour faire écho à Michel Foucault, là réside toute la problématique du film. Les personnages ne sont que des automates d’un système qu’ils ne peuvent pas comprendre. Seul l’amour n’a pas de loi, mais il reste un absolu inatteignable. Isabelle Huppert se « punit » la nuit en se bagarrant amoureusement et sauvagement avec son mari. Les coups et son propre sang sont une réponse à l’absurdité de ce qu’elle vit.

Tandis que Sandrine Kiberlain, mateuse compulsive, ne peut se résoudre à répondre à la drague direct d’un indic sous le couvert d’un clair de lune. Les rapports humains ne sont que hiérarchie ou alors se vampirisent les uns et les autres par un savant jeu de mimétisme. Tout est interchangeable, car l’individualité n’existe pas, chacun est un rouage d’un système judiciaire et d’une société qu’ils leur laisse peu de libre arbitre.

Tip top est un film violent, déroutant mais mué par une profonde mélancolie.

Musique du film „Tip Top“

https://www.youtube.com/watch?v=gIMtRASNyCg

Share with your friends









Submit