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Ode à la vie

 

En adaptant la bande dessinée Lulu femme nue d’Etienne Davodeau, Solveig Anspach relève avec élégance le défi du passage à l’écran.

Engloutie par la morosité du quotidien, submergée par la cruauté de la société, dépassée par son stress et ses obligations familiales : Lucie, femme ordinaire, ne rentrera pas chez elle ce soir, ni demain.

Par un concours de circonstances à Saint Gilles en Bretagne, Lulu, à l’air maladif, s’offre sans préméditation un temps d’égarement. La transformation est imminente. La perte de son alliance, signe d’un amour périmé, l’allège – préliminaire de son abandon. Projeté, son téléphone bousillé la soulage de l’asphyxie de son entourage. Elle est apaisée. Coup de grâce, sa carte bancaire est engloutie par le distributeur de billet. Elle est délivrée. Lulu est nue.

Libérée de son aliénation à la finance, à son mari, à sa famille, Lulu, s’évade en quête d’elle même. Ce film à l’atmosphère émouvante et conviviale nous offre le tableau d’une renaissance tardive mais intense. Comme un don du ciel sur cette plage délavée et fatiguée par le vent, Lulu aperçoit un homme échoué sur la plage. Le prince charmant qu’elle attendait enfant la délivrera d’un long sommeil de solitude et pansera ses plaies par l’effervescence d’un amour juvénile grâce auquel Lulu, devenue mère trop tôt, rattrape sa jeunesse perdue et (re)découvre ses passions et désirs. Le rite initiatique est enclenché. Le voyage se poursuit par la rencontre d’une étonnante vieille dame, Marthe, angoissée par la mort, la solitude et dont les erreurs du passé n’ont pas encore été pardonnées. Naît entre les deux femmes, que la vie a égratignées, une histoire d’amitié tendre et émouvante. Enfin, Lucie croisera le chemin d’une jeune serveuse asservie par sa patronne hargneuse et abattue par ses corvées, dont elle réveillera son indocilité et lui redonnera le goût de la vie. Ultime étape de sa renaissance. Déterminantes, ces trois rencontres vont bouleverser la vie de Lucie.

Cette comédie déroutante et débordant d’humanité, aux paysages cireux et hivernaux des Pays de la Loire, Solveig Anspach nous propose de remettre en cause, à travers le voyage et ses rencontres inopinées, le sens de la vie et de nos choix en nous projetant dans l’immense matrice de la complexité des rapports humains : passion, maladresse, mensonge, domination, amour, excès, neurasthénie, complicité, adultère, manipulation. En développent lentement l’évolution de Lucie, d’une femme transparente et mère de foyer, bonniche gratuite et parfois humiliée à une femme colorée en quête de bonheur. Manifeste du bonheur, ce film léger centré sur l’importance des voyages et des rencontres pour la connaissance de soi, nous offre un tendre moment chargé de sincérité et générosité.

Victoire Evrard

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