Marie Noëlle

Marie Noëlle nous parle de Marie Curie

Le biopic sur la physicienne aux deux prix Nobel, nous dévoile une Marie, maternelle, sensuelle et tenace évoluant dans un milieu dominé par les hommes.

Venue à Berlin pour présenter son quatrième long métrage de fiction en tant que réalisatrice, Marie Noëlle a accepté de rencontrer les jeunes blogueurs de l’Office franco-allemande pour la Jeunesse (OFAJ). Nous nous sommes donc réunis à l’Institut français de Berlin afin d’en savoir un peu plus sur son œuvre et sur sa vision de la place de la femme.

Les tableaux et la peinture semblent être une grande source d’inspiration pour l’image du film. Qu’en est-il réellement ?

« Oui. C’est vraiment le cas. J’ai commencé à peindre très tôt. La peinture pour moi a toujours quelque chose de très narratif donc c’est pour ça qu’elle est intimement liée à l’art cinématographique. Quand j’avais 12 ans j’étais obsédée [par le fait] de peindre le mouvement. J’ai essayé avec des matériaux différents pour donner cette sensation de mouvement sur un tableau ce qui est quand-même un peu bizarre parce que c’est fixe [rire]. Je n’ai même pas pensé que ça pourrait être la vidéo. »

Ce film aux tendances féministes conte la vie d’une avant-gardiste au caractère fort. On y voit une peinture élogieuse de la physicienne polonaise qui apparait pourtant souvent dénudée. Dans la représentation du corps féminin on retrouve une similarité avec les peintures de nues comme celles, entre autres, de Pierre Bonnard. Etait-ce une source d’inspiration ?

« Les scènes de baignoire se basent sur quelque chose de très concret qui est le fait que le seul luxe que Marie Curie se soit permise après l’obtention du prix Nobel est une baignoire. A part ça les Curie n’ont rien changé à leur mode de vie. Je trouvais ça très beau. En plus, il y a tout un thème pictural qui date de la même époque ; celui la femme au bain. Comme mon but était de chercher la femme en Marie, je pensais que c’était important d’introduire cet élément. Le premier plan au bain, où elle nous regarde, signifiait : « Maintenant, je ne me noie pas. Je prends mon destin en main ». Le deuxième est un éveil de la sensualité, dû au fait qu’elle tombe amoureuse. Tous deux sont des moments importants pour Marie.»

Le film traite des difficultés auxquelles Marie Curie a dû faire face après le décès de son époux. Si les époques diffèrent, on ne peut que remarquer les similarités présentes entre le parcours de Marie Noëlle et celui de son homonyme polonais. Toutes les deux ont débuté leur carrière avec d’un tandem masculin et toutes deux ont poursuivi leur carrière après le décès de leur partenaire. Est-il toujours difficile aujourd’hui en tant que femme de d’imposer dans un milieu d’hommes ?

« Bien sûr que oui ! J’ai vécu ça avec mon mari ; c’était lui l’ambassadeur de notre couple. Ce n’est plus du tout la même chose que quand je viens maintenant. C’est toujours ça ; une femme par essence, obtiendra moins la confiance d’un producteur. C’est comme ça. C’est un fait. Dans le cinéma on est à peu près 12% de femmes à faire des films et c’est déjà un pourcentage élevé car on se ruine parce qu’on n’obtient pas certaines subventions. Je n’ai pas obtenu toutes les subventions demandées, alors que j’étais déjà en train de faire le film, j’étais obligée de prendre mes économies. Beaucoup de femmes font ça. Il y a une espèce d’exploitation de soi-même. J’ai travaillé 4 ans sans pouvoir me payer. En revanche en télévision, sur certaines chaines on est de dessous des 1%. A quoi cela est dû ? Je n’en sais rien. Certainement au fait que les femmes sont moins « sûre d’elles-mêmes » dans leur manière d’attaquer. Si on fait une critique une femme va dire : « Ah oui vous avez raison » tandis qu’un homme dirait : « Mais de quoi vous parlez ? Allez vous faire voir ! ». Je caricature mais là aussi c’est ça qui m’a interpellé chez Marie Curie; c’est qu’elle n’était pas féministe au sens du militantisme mais elle faisait ce que sa conscience lui dictait ; ce qu’elle estimait comme bien. Elle veut travailler sa physique ? Et bien elle le fait. Cela m’a beaucoup impressionné. Peut-être qu’en fait il faut croire plus en nous-même et faire ce qu’on a envie de faire. C’est ce que Marie Curie pensait et j’ai tendance à penser comme ça.

Pour en savoir plus sur le film, n’hésitez pas à lire notre critique du film de Marie Curie publiée sur notre site !

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