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L’Ombre des Femmes, la « French Touch »

Lorsque Clotilde Coureau et Stanislas Merhar parlent du film qu’ils ont tourné avec Philippe Garrel devant le public allemand qui découvre le film pour la première fois, ils ont du mal à contenir l’admiration qu’ils portent au réalisateur. Clotilde Coureau répond aux questions du public, des étoiles dans les yeux, en avançant à chaque fois les spécificités de « l’univers Garrélien », Stanislas Merhar exprime « la chance » qu’il a eu « d’être accepté dans le film ».
Le film ? Une intrigue d’1h15, en noir et blanc tournée sur pellicule, l’histoire d’un couple de parisien, très pauvre, qui réalise des documentaires et semble se contenter de cette vie d’amour et d’eau fraîche. Pourtant tout bascule lorsque Pierre prend unemaitresse. D’un duo, on passe au trio, puis finalement à un quatuor lorsque l’on découvre que Manon, est elle aussi infidèle.
Digne héritier vivant de la Nouvelle Vague des années 60, Philippe Garrel prône un cinéma simple, sans fioriture et qu’il veut peu couteux. Le choix du noir et blanc tiendrait lui même de cette volonté d’économie, une pellicule de ce type étant moins chère que la couleur. Le film, comme presque une pièce théâtre totalise simplement six acteurs, quelques lieux dans le même quartier parisien et une grande simplicité de dialogues.
Le film, de par son histoire et sa manière d’être réalisé est intemporel. Dans la grande tradition de ce qu’on appelle « le film d’auteur français », seul l’amour semble motiver les personnages qui, une fois seuls, se retrouvent tristes et incapables de trouver un autre sens à leurs vies. L’amour, reste une source de questionnement intarissable. Qu’est-ce qui nous pousse dans les bras d’une personne ? Pourquoi trompe-t-on ? Qu’est-ce que la trahison ? Ce concept semble être le point central du film. Nul doute qu’à Berlin, les spectateurs en quête d’un « style français » tel qu’on se l’imagine à l’étranger ne pourront être que ravis.
En plus du noir et blanc, Philippe Garrel utilise l’artifice de la « voix off », celle de son fils acteur, Louis, présent physiquement dans tous les films de son père ces dix dernières années. La voix off souligne l’action des personnages et ancre encore plus « L’Ombre des Femmes » dans une esthétique distancée du moderne.
Philippe Garrel est méticuleux mais tourne vite. Seulement 21 jours de tournage contre 8 mois de répétition. La prise doit être unique mais maîtrisée. La pellicule, ça coûte cher. D’après Clotilde Coureau la dernière scène fut la seule à ne pas avoir été répétée. D’un point de vue de spectateur, c’était certainement la plus réussie.

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