Jacques-Yves Cousteau auf seinem Schiff der "Calypso"

L’Odysée : immersion au coeur d’une épopée fantasque et fantasmée

Quel homme se cache derrière la légende du Commandant Cousteau ? C’est à cette question que Jérôme Salle semble vouloir répondre en nous brossant un portrait assez critique et abrupt de cet Ulysse des océans au bonnet rouge, inventeur du scaphandre autonome et chantre de la plongée sous-marine moderne.

Le film offre d’abord l’image d’un couple infaillible et d’une famille soudée autour de Jacques-Yves Cousteau au sommet de sa gloire, héros admiré et respecté de tous, capable d’entraîner avec lui sa femme, ses deux fils et toute son équipe dans la spirale infernale de ses éternels rêves prométhéens de colonisation des fonds marins. Ce portrait policé et presque hagiographique se craquèle rapidement alors que de nombreuses failles et facettes cachées de sa personnalité émergent au fil des ellipses. Le manque d’argent et de financements fait ressortir l’arrivisme égocentrique et capricieux d’un Commandant passionné mais borné sur ses ambitions toujours plus grandiloquentes, même au bord de la faillite, alors que sa famille s’effrite et que ses projets s’effondrent.

Le développement de cette figure d’antihéros duale, balancée entre passion et déraison, aurait gagné à être développée plus en profondeur. On sombre pourtant rapidement dans un tourbillon d’émotions larmoyantes et exacerbées par l’armée de violons d’Alexandre Desplat quand, du jour au lendemain, Jacques-Yves Cousteau, après une prise de conscience épiphanique sur un morceau de banquise en Antarctique, se convertit soudainement à l’écologie et au respect de la nature, qu’il voulait „conquérir alors qu’il fallait la protéger“. Conversion qui arrive d’ailleurs à point nommé – le hasard fait bien les choses – puisqu’elle fait pleuvoir les chèques adressés à la Cousteau Society et redonne même le sourire à son directeur financier au bord du suicide. Réconcilié dans la foulée avec un fils prodigue, Cousteau relance la vieille machine à rêves (et à chèques) vers de nouveaux horizons environnementalistes.

Techniquement, le rendu visuel et esthétique de certaines scènes sous-marines est sans conteste spectaculaire et relève de la prouesse technique. Mais de manière générale, l’ensemble du film se rapproche plus d’une super-production américaine à gros budget qui grossit les traits de la reconversion peu crédible d’un anti-héros „colonisateur des océans“ repenti et devenu écologiste chevronné.

Derrières tous les dialogues théâtraux, les envolées lyriques, la mise en scène glorifiante et les violons omniprésents, le film, en grattant le vernis de la célébrité de Cousteau, nous invite donc à nous interroger sur la personnalité complexe de ce personnage.

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