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La Belle Saison, un film solaire

Début des années 1970, Delphine, jeune agricultrice, quitte sa ferme natale pour venir étudier à Paris et s’émanciper du carcan familial. Elle rencontre au hasard des rues, Carole, jeune professeure d’espagnol, très engagée dans les luttes pour le droit des femmes. Très vite, une amitié se crée entre elles. Delphine découvre une liberté et une ouverture d’esprit qu’elle ne connaissait pas, Carole quant à elle, ressent un trouble jusqu’alors inconnu, au contact de la jeune fille. Une passion amoureuse commence libre et solaire malgré toutes les entraves invisibles de deux mondes que tout oppose.

Catherine Corsini réalise un film très personnel et intime. Les prénoms de deux héroïnes sont un hommage à Delphine Seyrig (actrice) et Carole Roussopoulos (vidéaste) deux militantes féministes très actives comme l’explique elle-même la cinéaste lors d’interviews. Le film est par ailleurs produit par Élisabeth Perez, sa compagne. Ce sont deux parcours de femmes, qu’elle retrace. La grisaille parisienne est une ébauche d’un nouvel avenir malgré les batailles à mener tandis que les couleurs chatoyantes de la campagne dessinent un monde encore dominé par les décisions patriarcales. LA BELLE SAISON n’en est pas pour autant un film fataliste, Catherine Corsini conte ici une puissante et universelle histoire d’amour en dehors des genres et des préjugés. Même s’il y a de temps à autres des maladresses dans la mise en scène et notamment dans la reconstitution des années 70 et des mouvements féministes en France, les situations sont parfois forcées et un peu trop simplifiées, elle dirige d’une main de maître ses actrices, qui livrent une performance solaire. Izïa Higelin tout à fleur de peau, rayonnante et sauvage, donne une réplique assurée à une Cécile de France en grande forme. Catherine Corsini filme ces femmes qui s’aiment sans vulgarité ni voyeurisme, avec une grande distance et confère ainsi une place importante aux sentiments et aux questionnements qui tiennent en tenaille ses deux femmes. Catherine Corsini propose ici une caméra proche des corps, mais contrairement à LA VIE D’ADELE d’Abdellatif Kechiche, elle garde une distance minimale. Néanmoins, il est troublant de rapprocher le rapport qu’entretiennent les deux cinéastes avec leurs deux jeunes actrices principales, Adèle Exarchopoulos et Izïa Higelin. Leurs mises en scène semblent chercher à travers leurs corps voir leur pore, leurs airs revêches, naïfs et indomptables, l’expression des plus vives des passions.

Elle n’avait pas traité l’homosexualité féminine depuis une dizaine d’années avec son film LA REPETITION qui avait été en compétition au festival de Cannes. Avec LA BELLE SAISON, elle revient à ce sujet de prédilection et s’affirme en tant que cinéaste de l’intime et du sentiment.

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